Quelques invités étaient déjà au village, d'autres arrivaient encore. Pépromène en était satisfait. Tout se déroulait comme il l'avait entendu et c'était parfait: il n'aimait pas beaucoup les imprévus et encore moins être prit de court. Au bas de la falaise où trônait son château, ses pantins articulés interagissaient comme il leur ordonnait de faire avec les artistes qu'il avait choisi. Il se constituait une sorte de harem et cette pensée le fit sourire. Un harem de créateurs... A qui il insufflait l'inspiration sans pour autant leur mettre de réelles chaines. Ils restaient libres de leurs créations, la muse ne faisait que... les motiver sans doute.
En marchant sur l'allée de gravier, il pensait à Adar Boyd. Il l'avait sous-estimé, il devait se rendre à cette évidence. Monsieur Boyd était plus dangereux qu'il ne l'aurait pensé, non seulement pour autrui, mais aussi pour lui-même. Et c'était un peu gênant au final. Après l'incendie quelques jours plus tôt, il avait décidé de ne pas intervenir pour ne pas le contrarier dans sa création. Mais Pépromène avait le sentiment que le jeune Monsieur Caedes l'avait échappé belle et que s'il venait à recroiser l'homme, cela créerai des remous. Sans parler du crocodile qui lui aurait arraché la jambe si les choses avaient été un tant soit peu différentes. Bien sûr Pépromène n'aurait pas laissé ceci se produire - encore qu'Adar ne peignait pas avec les pieds.
Ses pas le menèrent au rocher planté de statues à l'effigie de femmes: ses sœurs. Il fronça les sourcils dans une expression toute humaine quand il se rendit compte qu'il allait leur demander conseil. Et puis quoi encore ? Il était le mouton noir, sans cesse rabroué. Et c'était justifié, il en convenait. Mais il n'était pas partit pour quémander conseil ensuite. Un peu rageur - surtout boudeur - il donna un léger coup de pied dans le socle vide au pied du rocher. Neufs statues et un socle. Le sien. Mais lui n'avait pas de statue. Peu importait, il n'avait pas besoin de ça.
Il y posa pourtant le pied, tourné dans la direction que semblaient fixer ses sœurs de marbre moussu. Il n'y avait rien à voir, sauf peut-être l'horizon courbe au dessus de l'océan. Bref...
Au final, sa réflexion au sujet de Monsieur Boyd passa à la trappe et il passa mentalement en revue tous ses autres invités. Il avait hâte de les avoir à sa table - et savait que c'était également le cas de Smaug - mais le temps n'était pas encore venu.
Il sauta au bas du socle.
"Bien bien bien!" lança-t-il dans le vide.
Smaug lui avait amené les dernier tableaux de Boyd et de Rojo-le bien-nommé. Il allait de ce pas y jeter un œil. Il n'avait pas l'intention de les garder trop longtemps, sachant que les auteurs risqueraient de se douter de quelque chose à la longue. Mais les faux admirables de Smaug trouveraient place dans sa galerie personnelle... ~~~~~~~~~~~~~~~~ Tu peux toujours me chercher, c'est moi qui te trouverai...